La Maison Dieu : de l’hospice à l’hôpital 2/…

Des bâtiments et de l’appellation Maison-Dieu

Assez souvent, à l’approche d’une de ces maison-Dieu, on se trouvait face à des constructions à étages : un rez-de chaussé réservé à l’accueil des « passants » tels que les mendiants, pèlerins et voyageurs, étrangers ou non (peu à peu, il va apparaître une notion de « tri » dans les visiteurs se présentant à l’accueil de ces maisons qui n’existait pas dans les premiers siècles de fonctionnement : finalement, il faudra souvent « prouver » son appartenance à la confession catholique et/ou à une certaine origine géographique pour y être reçu). Ces voyageurs y recevaient, selon leurs besoins, vêtements propres, remèdes pour soigner les maux inhérents à de longues marches comme les pieds meurtris, ration de nourriture et place où prendre un peu de repos. Avant de se remettre en route, ils pouvaient être entendus par l’un des chapelains présents dans le cadre d’un soutien spirituel et assister à un office religieux.

L’étage supérieur, accueillait les « gisants », donc les malades. Cette salle était chauffée en hiver et éclairée. Au service des soins du corps, le personnel était composé de droguistes, de saigneurs et de médecins pour les plus importantes maisons.

Il est communément admit que ces lieux de charités ont rapidement été victimes de leur popularité et de l’augmentation croissante de leur fréquentation. Si l’accueil des malades décrit par les documents officiels des XIIe et XIIIe siècles semble tout à fait honorable dans la majorité des cas, une lente dégradation conduira les observateurs des XVIIe et XVIIIe à relater que les malades étaient couramment entassés à 3 par lit et que les conditions d’hygiènes déplorables favorisaient toutes sortes de contaminations.

Quant à l’accueil des voyageurs « non souffrants», il disparaitra progressivement pour s’éteindre définitivement vers la fin du XIXe s.

Proposition de rapprochement des concepts couramment attribués à l’arcane XVI La Maison-Dieu : tour, bâtiments à étages, pauvreté, ruine, maladie…

Ndlr : j’ai trouvé intéressant cette allusion au chauffage et à l’éclairage nocturne (cf. infra la description de la Maison-Dieu de Montmorillon : le chauffoir) car d’un point de vue purement graphique, et pour les version qui nous présentent une tour bien entendu, le plumet ascendant (il ne sera descendant, puis trop schématisé pour indiquer une quelconque direction qu’à partir de l’édition de Convert, fin XVIIIe) me fait penser à un feu s’échappant du toit. L’endroit était chauffé ce qui, en plein hiver et dans des contrées plus ou moins lointaines où il gelait à « pierre fendre », devait constituer une sorte de petit « miracle ». Dans cette optique, on peut comprendre la joie exprimée par nos visiteurs cabriolant au pied de l’édifice ! D’autre part, c’est également le chauffage et donc le feu qui était à l’origine des incendies qui détruisait régulièrement ces lieux d’accueil. Pertes humaines et financières étaient lourdes et il fallait reconstruire (cf. infra exemple de l’hôpital St Jacques de Toulouse 1574). Dans cette version moins optimiste que la précédente, nos petits personnages pourraient être en train de sauter par les fenêtres afin d’échapper aux flammes ! Simpliste, soit, mais pas en contradiction flagrante avec les termes récurrents associés à la Maison-Dieu : grâce, illumination et construction vs catastrophe et destruction…

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Progressivement, depuis le Moyen Age, une certaine distinction a fini par émerger entre les termes et concepts d’hôpital – lieu d’accueil des malades – et hospice – maison de bienfaisance faisant disparaître quasiment à jamais ce qui faisait la particularité des diverses « maison-Dieu » ou « hôtel-Dieu » des débuts. A la fin du XVIIIe siècle, on comptait, parmi les diverses institutions collectives d’Etat ou privées, des hôpitaux, des hospices, des maisons de charité, des maisons de miséricorde, et des maisons de corrections. Ce dernier terme a d’ailleurs perduré jusqu’à un passé relativement récent, accompagné de « petits nouveaux » : maison de retraite pour le grand âge et maison de repos pour la convalescence après un séjour à l’hôpital.

Proposition de rapprochement des concepts couramment attribués à l’arcane XVI La Maison-Dieu : lieu dans lequel « on reste », plus ou moins de son plein gré : prison, maison de retraite, hospice, hôpital, maison de repos…

Hôpital St Jacques de Toulouse 1554 : période du XIVe. au XVIe. s.

1333, en janvier de cette année, on recense 22 religieuses travaillant à l’Hôpital Saint-Jacques : ce sont les Sœurs de la Daurade.
1398, le testament d’Arnaud d’Avignon mentionne 14 hôpitaux et 3 léproseries à Toulouse… 1 siècle plus tard, on mentionnera 24 établissements hospitaliers et en 1515 deux arrêts du Parlement réduisent à 5 le nombre des petits hôpitaux.
1528, l’Hôpital Saint-Jacques bénéficie de plusieurs agrandissements jusqu’en 1541.
1540, le Parlement, devant les nuisances causées par la dissémination d’une multitude d’Hôpitaux dans la cité et les faubourgs, décide d’en réduire le nombre, qui passe de 30 en 1473 à 5 en 1540, et de les placer sous une administration commune située à l’Hôpital Saint-Jacques du-bout-du-pont. Après la « restructuration », celui-ci est obligé de recueillir les enfants abandonnés, dont la charge était jusqu’alors celle de l’Hôpital du Taur.
1541, François 1er, dans ses lettres patentes, arrête le projet de construction d’un nouveau pont en remplacement de celui de la Daurade dont les crues emportent périodiquement les arches ; de plus, ce pont ne suffisait plus à assurer le passage des nombreux pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle.
1554, l’Hôpital Saint-Jacques devient Maison-Dieu, c’est alors l’hôpital le plus important de la ville, il est transformé, agrandi et la chapelle remise à neuf.
Le Pont de la Daurade, devenu Pont Couvert (parsemé de boutiques), est de plus en plus fragilisé par les inondations de la Garonne, fréquentes à Toulouse. Devenu de moins en moins sûr, on commence en 1554, après l’autorisation royale de François 1er, à construire un nouveau pont : le Pont Neuf. Son édification a duré presque un siècle ; long de 230 mètres, il est ouvert à la circulation en 1632.
La vie de l’Hôtel-Dieu est en effet depuis toujours rythmée par la Garonne, avec par exemple le lavage du linge de l’hôpital qui s’effectuait sur un radeau accroché au niveau du fleuve.
La batellerie y est nombreuse et les bâtiments de l’Hôtel-Dieu sont d’ailleurs souvent abîmés par les erreurs de pilotage des bateaux accostant vers les deux portes sous l’hôpital.
1574, le 7 février, un incendie anéantit une grande partie de l’Hôtel-Dieu. […]

Source : CHU de Toulouse : Histoire de L’Hôtel-Dieu Saint-Jacques

Formulaire rédigé par Odart Morchesne, secrétaire du Roi Charles VII, 1426

Collation de maladeries et de maisons Dieu

(ndlr : maladerie = ancien français qui deviendra par la suite « maladrerie », établissement accueillant des malades de la lèpre)
[9.6.a]¶ Nota que le roy a acoustumé de donner le gouvernement des [fol. 68] maladeries et des maisons Dieu a ceulx que son aumosnier nomme, a ce qu’on n’y mette pas gens qui ne soient de bon gouvernement et proufitables ; et a acoustumé l’aumosnier du roy de escrire son nom en la queue de la lettre et ainsi le secretaire les signe Per regem ad relacionem elemosinarii.

[9.6.b]¶ Item que celui a qui on baille le gouvernement doit bailler caucion des biens qu’il trouvera et aussi de bien gouverner et de rendre compte a l’aumosnier du roy ou a ses commis, car c’est des deppendences de l’office de l’aumosnier d’en savoir le gouvernement et d’en faire rendre compte.

Source : web Encyclopédie électronique de la Sorbonne, Odart Morchesne et son travail

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