La Maison Dieu : de l’hospice à l’hôpital 1/…

Parce qu’il est difficile de parler du Tarot de Marseille sans faire référence au contexte historico-culturel dans lequel il a vu le jour, il m’a semblé intéressant de visiter quelques uns des fondements de la société médiévale. Nous traiterons donc ici, au regard très large de la lame numérotée XVI du Tarot de Marseille et nommée « Maison-Dieu », du seul aspect relatif au nom de cet arcane… Qu’est-ce qu’une « maison-Dieu » dans son contexte d’origine et quels rapprochement peut-on faire avec les acceptions courantes liées à cette lame du Tarot dit de Marseille ?

Pour faire un modeste écho à Jean-Claude Flornoy, dans son article sur l’origine du nom Maison-Dieu, il semble que le terme « maison-Dieu » était de moins en moins usité au XVIIe s., période de référence des tarots dits de Marseille les plus anciens dont nous ayons gardé la trace. Pour autant un grand nombre d’auteurs attribue à cet arcane des mots-clés tels que : hôpital, prison, maison de retraite, accident, bâtiment, construction, maladie, ruine mais aussi grâce, rédemption, illumination, etc. Liste résolument non exhaustive s’il en est…

Je suis persuadée que certains de ces concepts (et seulement ceux-ci car, encore une fois, XVI La Maison-Dieu n’est pas que cela) trouvent leur origine dans la notion élargie de maisons-Dieu de l’époque. Si ces maisons-Dieu se transformaient petit à petit, en regroupant diverses modestes institutions de soins, sous le terme d’hôtels-Dieu, puis d’hôpitaux généraux, elles n’en demeuraient pas moins à l’origine du système de santé et d’hospitalité de la France en cours au XVIIe siècle.

Évidemment, cet arcane nous propose une richesse de symboles allant bien au-delà de ces quelques mots-clés car la Maison-Dieu du Tarot dit de Marseille n’est pas « que » cela… mais elle est « aussi » cela…

Des origines

« Hôpital »-charité-pauvreté-protection

« L’hôpital est originellement le lieu de la charité et celui de l’hébergement charitable, les termes pour le désigner étaient variés : hôtel-Dieu, maison-Dieu, maison de charité… L’hôpital comme institution importante et même essentielle pour la vie urbaine de l’Occident depuis le Moyen Age n’est pas, à l’origine, une institution exclusivement médicale.

Avant le XVIIIe s., l’hôpital est une institution d’assistance aux pauvres. Le pauvre, en tant que tel, avait besoin d’assistance, qu’il soit malade, propagateur de contagion ou potentiellement dangereux et facteur de désordres. Il convenait de le recueillir et de le protéger en lui donnant une assistance matérielle et spirituelle, qui souvent consistait en d’ultimes secours et dans les derniers sacrements, car l’hôpital était un lieu où l’on venait mourir ; il s’agissait moins d’être soigné que d’obtenir le salut.

Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, les soins n’étaient qu’un « service », l’une des composante des « secours ». Car dans la figure du « pauvre nécessiteux » qui mérite l’hospitalisation, la maladie n’était que l’un des éléments dans un ensemble qui comprenait aussi bien l’infirmité, l’âge, l’impossibilité de trouver du travail et l’absence de soins. »

Source : Lieux d’hospitalité : hospice, hôpital et hostellerie de Alain Montandon aux éditions Presses Universitaires Blaise Pascal, 2001.

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A la différence de l’Antiquité, sur le plan de l’esprit, le Moyen-Age chrétien applique le principe de la charité évangélique qui inspire la conception de l’hôpital, création originale du Christianisme (les Hôpitaux sont une invention de l’Eglise dans l’Empire Byzantin au IVe siècle de notre ère). Les hôpitaux chrétiens sont les précurseurs des soins universels (mais pour les catholiques seulement jusqu’en 1789) et gratuits pour les pauvres. Il n’attend de l’hospitalisé pauvre rien en contrepartie : la charité est le maître-mot au Moyen-Age (celui d’ « assistance », à connotation laïque, sera plutôt celui du XVIIIe siècle). Cependant, à défaut de soins efficaces aux corps, c’est surtout l’âme qui doit être sauvée.

Les fondateurs d’hôpitaux ne concevront pas d’établissements sans prêtres et sans secours religieux. L’évêque est au centre de l’organisation de la charité ; il a le droit d’inspecter les établissements charitables de son diocèse et d’exiger des comptes de leurs administrations.

Les hôpitaux médiévaux sont des fondations et l’administration est nommée par le fondateur. Chaque hôpital ainsi créé possède un patrimoine indépendant (il peut acquérir, aliéner), est autonome, possède sa propre personnalité juridique, est sous le contrôle de l’évêque seul jusqu’au XIVe s., puis est de plus en plus laïcisé.

Peu nombreux jusqu’au XIe siècle, les hôpitaux vont surtout se développer au XIIe siècle et s’épanouir au XIIIe siècle dans les villes avec les hôtels-Dieu situés sur les itinéraires des pèlerins, généralement à l’entrée des ponts franchissant les fleuves. […]

Source : CHU de Toulouse : Histoire de L’Hôtel-Dieu Saint-Jacques

Proposition de rapprochement des concepts couramment attribués à l’arcane XVI La Maison-Dieu : hôpital, lieu de « fin », déchéance, accident de la vie, étapes, urbanisme, fondation, rédemption, gestion de fonds privés et publics (notre notion de banque aujourd’hui)…

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Maison-Dieu-construction-appel au don-salut de l’âme

« Nous croyons nécessaires d’inciter les fidèles à participer pour le salut de leur âme à la construction de la maison-Dieu dans laquelle chaque jour, le Fils sera immolé au Père et de les pousser de plus en plus à la développer. »

Ndlr : il s’agit d’un appel pour la construction d’un hôpital, et non pas comme on pourrait être tenté de le croire, d’une église seule.

Source : Archives nationales, 1273, L994-3, appel à la générosité des chrétiens du diocèse en faveur de la construction du nouvel hôpital capitulaire de Laon en 1273, par le doyen du chapitre de Notre Dame, Jean Reynaud.

Proposition de rapprochement des concepts couramment attribués à l’arcane XVI La Maison-Dieu : élévation de la conscience, « construction » spirituelle, dons…

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Hôtel-Dieu-souffrance-communion-rédemption-intercession

Chaque hôtel-Dieu est doté d’une chapelle… Ce lieu où l’on combat la souffrance et la mort est considéré comme un lieu de culte et tient une place particulière dans la vie de la société chrétienne locale. Les pauvres et les malades qui y sont reçus y participent activement. Le rôle qui leur est attribué au sein de cette communauté est significatif de la place qui leur est faite dans la société… Les assistés, accueillis dans la maison de Dieu communient physiquement aux souffrances du Christ et des martyrs. Ils prennent part à leur manière au mystère de la Rédemption, accumulant les grâces dont pourront bénéficier les laïcs qui les ont soutenus. On croit tout spécialement à la vertu salvatrice de leurs prières et ils sont considérés comme des intercesseurs très efficaces : le pauvre devenant un moyen pour le riche un moyen de gagner le Ciel.

Source : web Lieux d’hospitalité : hospice, hôpital et hostellerie de Alain Montandon aux éditions Presses Universitaires Blaise Pascal, 2001.

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Le péché originel cause de toutes les souffrances humaines

L’inefficacité des explications mécanistes pousse l’homme médiéval à chercher des causes spirituelles aux souffrances humaines. Selon l’opinion commune, Adam n’aurait pas connu de souffrance avant le péché originel. Il serait avant cette grande faute, exempt de tous maux physiques et promis à une vie éternelle, la providence l’écartant également de tout risque d’accident. Ainsi, les causes spirituelles de la maladie prennent racines dans le pêché originel. Les malades souffrent donc de cette première faute, et par leur souffrance permettent le rachat de l’espèce humaine, à l’image du Christ, à condition que cet état soit accepté et tire le malade vers l’état de sainteté.

Source : Infirmité et pauvreté au moyen-âge Wikipedia

Proposition de rapprochement des concepts couramment attribués à l’arcane XVI La Maison-Dieu : grâce, expérience transcendantale, interconnexion entre les mondes spirituels et matériels, orgueil…

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