La Papesse et l’amour

Elle est la rencontre de « l’autre » dans son énergie « deux ». La fusion ou l’opposition. La force d’attraction latente qui, dans une patience infinie, attend l’énergie déployée dans la lame précédente. Le Bateleur est énergie active, la Papesse fait silence et déploie son énergie de manière passive. Il est le « contenu », elle est le « contenant ». Deux forces en puissance de nature clairement différentes mais pourtant complémentaires. Il est le Feu et elle est l’Eau. Elle est la Mère, il est l’Enfant. Celui qui, s’il monte sur ses genoux, en fera la parfaite représentation de la Déesse Mère des hommes. D’ailleurs, elle le regarde et attend ; il arrive.

Si d’un point de vue symbolique ce « couple » fonctionne bien, d’un point de vue plus concret il parait plus improbable si l’on pense à une relation de type amoureux ; alors ce serait un couple à la « Harold et Maud ». La fougue face à l’expérience, la jeunesse face à la maturité, l’action face à l’attente, la sexualité face à l’abstinence…

Car elle est la Grande Mère. Celle qui détient les secrets de la vie. Comme les grands-mères d’antan qui prenaient soin des enfançons en leur faisant découvrir ce monde étrange qui est le nôtre. Des fruits de la cueillette au pot de confiture ; des oiseaux dans le ciel au pain jeté aux pigeons voire au poulet rissolant au four ; de l’ampleur de la connaissance et de l’expérience associée à la fragilité du corps vieillissant ; de la joie tranquille pour contenir la fougue juvénile aux comptines rassurantes et aux rondes sans fin. Elle est celle qui préside aux rituels culturels ou familiaux qui, sous leurs apparentes festivités, laissent parfois transparaitre la tristesse de ceux qui, ayant beaucoup vécu, ont déjà beaucoup perdu ; de ceux qui savent que rien n’est éternel et que tout se transforme…

En amour, elle est souvent secret. Avec elle, les choses sont encore en gestation ou tout simplement cachées. Rappel des temps immémoriaux (elle arrive d’ailleurs avant le Pape dans l’ordre numérique des arcanes majeurs du Tarot) qui considéraient la femme comme l’incarnation dans la matière de la Grande Déesse. Elle représentait alors le pouvoir créateur et elle était l’instrument de ce pouvoir dans le monde. Elle seule pouvait communiquer avec l’invisible, le sacré : elle était chamane, guérisseuse, magicienne et prêtresse…

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La mère aimante apprend à son enfant à marcher seul. Sören Kierkegaard

La mesure de la vie, c’est l’amour.  Romain Rolland

L’amour chaste agrandit les âmes, Et qui sait aimer sait mourir. Victor Hugo

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La Papesse du Jodorowsky-Camoin avec, en travers de la poitrine, un étrange assemblage de « plis » couleur chair qui peut nous indiquer que, si devenue sage voire chaste avec le temps, cette Papesse n’en est pas moins une femme qui a rencontré un homme…

 

 

 

 

 

 

 

Statue de Cybèle, la Grande Mère ou Mère des Dieux de Phrygie dont le culte fut rapporté à Rome vers 200 av. JC. Son nom en grec ancien signifie « gardienne des savoirs (cf. le livre de la Papesse). Ses adeptes étaient connus pour s’automutiler en se castrant eux même (cf. image précédente de la Papesse arborant en « pendentif » un superbe organe masculin)…

 

 

 

1 comment for “La Papesse et l’amour

  1. Fernando
    22 décembre 2012 at 20 h 14 min

    Super !!

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