Cathédrales : la maison de Dieu

La Vision du Temple

Quand la Samaritaine vient interroger Jésus pour lui demander où adorer Dieu, Jésus lui répond que ce n’est dans aucun bâtiment particulier, mais bien en son esprit. Car pour les chrétiens, le lieu premier de la rencontre de Dieu, c’est le Christ : il est le véritable temple.  C’est ce que rappelle Saint Paul quand il dit : « Vous êtes le temple de Dieu… le temple de Dieu est sacré et ce temple, c’est vous. »

Si les premiers chrétiens ont certainement rompu le pain et bu le vin dans leurs propres maisons, leur nombre grandissant, ils ont éprouvé le besoin de se rassembler en construisant des temples pouvant les accueillir. Le temple, c’est donc ensuite et aussi l’image de l’Église.

Le livre d’Ézéchiel

Dans le livre d’Ézéchiel (fin du Ve s. av. J-C), le prophète a la vision d’un temple et de la construction d’une ville. Un ange lui révèle alors toutes les caractéristiques du temple et de ses cours, donnant la mesure des murs, des portes, des locaux de garde, des salles à manger et du temple lui-même. Puis il dirige Ézéchiel vers la porte Est.

« Et, voyez : la gloire du Dieu d’Israël venait de la direction de l’est, et sa voix était comme la voix des eaux immenses ; et la terre brilla à cause de sa gloire. » (Ézéchiel 43:2).

L’ange ramène Ézéchiel vers l’entrée de la Maison, où le prophète voit de l’eau qui sort de dessous le seuil de la Maison, vers l’est, et cette eau descend au sud de l’autel. Au début l’eau ruisselle, mais le débit augmentant, il se forme un torrent qui se déverse dans la mer Morte, où les poissons reprennent vie; ainsi se développe une industrie de la pêche. Sur chaque rive du torrent croissent des arbres pour la nourriture et la guérison des hommes. La vision révèle ensuite l’héritage des 12 tribus, sans oublier le résident étranger et le chef, puis elle décrit la ville sainte, vers le sud, avec ses 12 portes nommées d’après les tribus. La ville portera le plus glorieux des noms :

« YHWH lui-même est là. » (Ézéchiel 48:35).

Le livre de l’Apocalypse

« Et je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux. J’entendis alors une voix clamer, du trône : voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu. » Apocalypse, 21, 2-3

« Ses portes ne se fermeront jamais pendant le jour – or là il n’y aura pas de nuit »

NDLR : en lisant ces deux extraits de l’Apocalypse, il m’est venu en images (et sans que je n’en tire aucune conclusion car je ne pense pas que le Tarot de Marseille soit une représentation littérale de la théologie chrétienne), l’illustration suivante :

Au seuil de la Maison (lame XVI) , de l’eau ruisselle (lame XVII) et se transforme en torrent dont les rives sont arborées pour se jeter dans la mer Morte (lame XVIII). Il n’y aura plus de nuit (lame XVIIII) .

Si l’on rajoute cet extrait du Nouveau Testament dans lequel l’apôtre Paul déclare :

«Le Seigneur lui-même , à un signal donné , à la voix d’un archange , au son de la trompette de Dieu  , descendra du ciel et les morts en Christ ressusciteront en premier lieu. Ensuite nous les vivants , qui seront restés , nous seront enlevés ensemble dans les nuées , à la rencontre du Seigneur dans les airs.» (Thessaloniciens 4.16,17)

Au son de la voix d’un archange et de la trompette de Dieu, les morts ressusciteront (lame XX) et s’élèveront à la rencontre du Seigneur dans les airs (lame XXI) .

Fin de l’aparté !

Les cathédrales gothiques

De l’origine du nom

La cathédrale a d’abord été désignée sous le nom d’ecclesia mater ou major. Il ne s’agit donc que d’une église qui se distingue des autres parce qu’elle est le siège de l’évêché : cathèdre, du grec «siège». Dans d’autres pays, le même ensemble est désigné par le mot duomo (Italie) ou Dom (Allemagne), du latin domus (maison) : il s’agit de la maison de Dieu.

En donnant à son fils Salomon le plan des bâtiments du Temple, David dit :

«C’est par un écrit de sa main que l’Eternel m’a donné l’intelligence de tout cela, de tous les ouvrages de ce modèle.» (Chroniques 28:19)

«La Jérusalem céleste a été créée par Dieu en même temps que le Paradis, donc in aeternum… La basilique chrétienne et plus tard la cathédrale reprennent et prolongent tous ces symbolismes. D’une part, l’église est conçue comme imitant la Jérusalem céleste, et ceci dès l’antiquité chrétienne ; d’autre part, elle reproduit le Paradis ou le monde céleste. Mais la structure cosmologique de l’édifice sacré persiste encore dans la conscience de la chrétienté : elle est évidente, par exemple, dans l’église byzantine.»

Souce : Mircea Eliade, Le Sacré et le profane, Gallimard, 1965, p.58.

En plein gothique flamboyant (1350-1550), surgissent de terre ce qui restera  des siècles durant comme les plus hauts édifices du monde chrétien. Leur construction est donc contemporaine de la création des plus anciens jeux de Tarot dont nous ayons connaissance.

Les cathédrales gothiques sont des défis permanents aux lois de l’équilibre. Ces édifices subissent, depuis près d’un millénaire pour certains d’entre eux, des contraintes de poussées et de contre-poussées phénoménales qui les maintiennent debout. Dans le plus grand silence, ces forces invisibles et colossales sont à l’œuvre et participent à la pérennité de leur structure.

L’exemple de Beauvais ou la folie des grandeurs

C’est après un incendie de la « Basse Œuvre » qu’a commencé, en 1247, la construction de la cathédrale de Beauvais. En 1284, une petite partie des voûtes du chœur s’effondre à cause des effets du vent sur les arcs boutants. On décide de consolider en modifiant la structure des voûtes et ajoutant des piliers intermédiaires dans le chœur. Les réparations se terminent aux alentours de 1347. La guerre de Cent Ans passe et marque une période de pause dans la construction de la cathédrale. C’est seulement 150 ans après l’édification du chœur que le transept va être construit sous l’impulsion du comte-évêque Louis de Villiers de L’Isle-Adam et sous la direction de l’architecte Martin Chambiges. Celui-ci ne connaîtra pas la fin des travaux : il meurt le 29 août 1532. Une fois le transept érigé (entre 1500 et 1548), on décide de construire la flèche la plus haute de toute la chrétienté.

« Nous construirons une flèche si haute, qu’une fois terminée, ceux qui la verront penseront que nous étions fous.«

Les travaux commencent en avril 1563 et se terminent en 1569, elle atteint alors 153 m de hauteur. Le 30 avril 1573 est un jour noir dans l’histoire de la cathédrale : alors que les fidèles sortent de la célébration de l’Ascension, la flèche et les trois étages du clocher s’effondrent. La reconstruction des voûtes du transept prive la cathédrale des fonds nécessaires pour édifier la nef. La cathédrale reste depuis inachevée…

De nombreux exemples de catastrophes similaires jalonnent l’histoire de la construction des cathédrales en Europe.

La cathédrale et son symbolisme

Pour un esprit contemporain de la construction des grandes cathédrales, le monde terrestre est le reflet, bien qu’imparfait, du monde céleste. Cette pensée profondément allégorique et symbolique puise aux sources même du dogme qui affirme que le projet de Dieu est un projet rédempteur. Dès que le monde terrestre sera prêt, et donc moins « imparfait », le but ultime proclamé est l’unification des deux mondes avec la descente sur terre de la Jérusalem céleste.

Selon Jodorowky, le Tarot est un ensemble de cartes dont la structure subtile s’apparente à une « Cathédrale nomade ».  La disposition classique des lames dites majeures en « triple septénaire » semble d’ailleurs nous inviter à explorer cette piste avec :

  • au niveau des fondations, de la crypte et du sol : la terre,
  • plus ou moins à  « hauteur d’homme », les colonnes, passages et portes : le plan humain en tant qu’intermédiaire entre ciel et terre, et enfin
  • au niveau de la voute : le ciel…

Cette symbolique ternaire est bien entendu à rapprocher de la notion fondamentale du « Corps, âme et esprit » : l’homme dans sa globalité. Cette vision holistique est certainement une bonne approche de ce grand « système » qu’est le tarot de Marseille.

Il n’y a pas, à proprement parler de lames mineures, de lames majeures (terminologie très récente par ailleurs) mais un système aussi complexe que précis dont aucune partie ne saurait être extraite du Tout sans risque de compromettre son bon fonctionnement.

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